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Catalogue

 

L’Ours Blanc

Association loi 1901 à but non lucratif

Bernard Giusti
28 rue du Moulin de la Pointe
75013 Paris
Tél. : 01 45 80 66 57
Courrier électronique :  assocloursblanc@yahoo.fr

Belgique

Marcel Bauwens & Piet Lincken

 

Bretagne / France Ouest

Philippe Ayraud

 

Québec

Rodrigue Gignac

 

Sud-Ouest / Midi-Pyrénées

Bruno Talavera

 

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OUVRAGES DISPONIBLES

POESIE
LA SPHYNGE - Camille Aubaude - 42 p., 12 euros

LE MESSIE EN LIESSE - Camille Aubaude - 110 p., 12 euros

CRISTAUX DE NUIT - Michel Diaz - 130 p., 12 euros
COMME UNE CORDE PRETE A ROMPRE... - Bernard Giusti - 72 p., 12 euros

ARTEMISIA - Marguerite Jargeaix - 52 p., 12 euros
DERNIERES NOUVELLES DU FOND - Pierre Meige - 78 p., 12 euros
L’EXIL TENACE - Bruno Talavera - 110 p., 13 euros

SANG PENSEE M’ECRIER - B. et Ph. Talavera - 106 p., 11 euros
SABLES - Francis Vladimir - 70 p., 10 euros
DANS L’ENVERS DU SILENCE - Leïla Zhour - 226 p., 15 euros

 

NOUVELLES
LA MORT – Collectif – 130 p., 11 euros

NOEL NOIR – Collectif - 2e éd - 200 p., 15 euros

LA PHRASE DE SA VIE - Christian Rome –  110 pages, 12 euros

SUITE POUR EURYDICE et AUTRES NOUVELLES - Françoise Rachmuhl, 150 p., 12 euros


ROMANS

FRENCH LADY COTTAGE - Maria Dugot – 90 p., 11 euros
LA DAME BLANCHE - Pierre Meige -  2e éd. - 100 p., 11 euros
L'HEURE DU POETE - Christian Rome - 192 p., 9.50 euros

ANNA HANOUM - Véronique Pornin - 370 pp., 15 euros


LITTERATURE JEUNESSE
LES TOURS D’AILIEO – 1 - Iris Giusti - heroic fantaisy, illustrations 110 p. 12 euros
HEÏMAR - Aria Elun - heroic fantaisy 266 p. 15 euros


THEATRE

FORT DE JOUX - Les derniers jours de Toussaint Louverture - Philippe Cantraine - 110 p. 12 euros

 

FEUILLETS

L'OISEAU DE FEU - Marguerite Jargeaix - 20 p., 3 euros


ETRANGE & FANTASTIQUE

VIEIL ENFER et AUTRES CERCLES - Lucien Nosloj, 130 p. 12 euros

 

DOCUMENTS
LETTRES DE CAPTIVITE - Robert et Emma Gladin 1939-1945 – correspondance - 156 p., 15 euros
MALINKA - Malinka Zanger – récit de vie, 112 p., 15 euros

PASSE RECOMPOSE - Roger Cherrier – récit de vie, 140 p., 15 euros

LOISIRS & DECOUVERTE
GOURMANDISES EN REGION MIDI-PYRENEES Collectif LEP Toulouse gastronomie, couleur 150 p., 25 euros

MANUEL HISTORIQUE, POETIQUE ET FEERIQUE DES HAUTS-DE-SEINE - Pierre Meige, 160 p., 15 euros

LES FANTÖMES DE PARIS - Pierre Meige, 200 p., 15 euros

 

 

 

REEDITIONS PREVUES
POESIE
CONTE D’UNE REDEMPTION - Abdelghani Boudaakkar - 2e éd.
LES AILES - Bernard Giusti 3e éd.
LEGENDES INTERIEURES, L’AMANTE - Leïla Zhour - 2e éd.
METAMORPHOSE - Marie-Agnès Roch 3e éd.
LITTERATURE
LA MORT D’HERCULE - Jean Maffioletti – roman - 2e éd.

IONA - Jean Maffioletti – nouvelles

LES POETES DU ROCK - Pierre Meige - biographies, photos originales - 2e éd.



En achetant les ouvrages des Editions de L’Ours Blanc ou en souscrivant à ses éditions à venir, vous aidez notre association à réaliser son principal objectif : permettre à ceux qui n’ont pas ou peu de moyens de s’exprimer et se faire connaître.


 

30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 11:15

PORTRAIT D’ARTISTE : ANNE-MARIE WEYERS

Propos recueillis par Noëlle Lans.

Anne-Marie Weyers, artiste pluridisciplinaire au regard universel, est aussi écrivaine, conteuse et illustratrice de nombreux recueils.

[Membre de L'Ours Blanc, ses oeuvres ont fait la couverture du N°46 des Chemins de Traverse]
 

PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS

QUELQUES QUESTIONS À ANNE-MARIE WEYERS

L’ARTISTE ET SA CRÉATION

Comment l’artiste se considère-t-il face à l’acte de créer ?

Pour moi l’acte créateur est sacré. C’est vivre l’être dans sa totalité mais cela n’a rien de spectaculaire, c’est une plénitude, une certitude d’être à 100% là où je dois être, sans scrupule ni sentiment de culpabilité. Sans exclure la question de la réflexion dans la réalisation concrète de l’œuvre (composition, harmonie des couleurs, etc.) créer est selon moi un état de l’ordre de l’expérience et non de la réflexion : l’instant présent devient global, infini, hors du déroulement du temps qui est suspendu. En cet acte, en cet état, je suis toute entière absorbée par l’écoute et la disponibilité à ce qu’il se passe en moi et sur le support. À ce moment-là, je ne suis pas dans la même réalité que celle de mon quotidien alors que mon corps et ma conscience y sont, ou disons que la réalité est alors toute entière expansion, augmentée de sa plénitude, de ma plénitude, de votre plénitude. C’est être ici tout en étant ailleurs, dans une intense réceptivité, où cette mystérieuse réalité m’utilise pour apparaître et se donner à voir sous une forme lisible dans le temps, ici et maintenant, et c’est l’œuvre qui me mène par le bout du nez une fois que j’ai fait le premier pas, posé les premiers jalons de l’œuvre, que ce soit par ma seule initiative ou pour répondre à une intuition pressante ou à un besoin d’expression impératif selon le cas. Je suis la première à être étonnée en découvrant ainsi ce qui se révèle à moi, à travers moi, et qui me dépasse mais dont je fais partie au même titre que nous tous. Idéalement, et peu importe la diversité de nos vocations, de nos types d’actions ou d’engagements, nous devrions arriver à vivre en permanence en cet état, mais il est tellement plein et intense que nous en mourrions je crois.

PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS
PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS

Est-il indispensable pour l’artiste de voyager, de découvrir, d’échanger des idées avec ses semblables pour être inspiré ?

nous, elle est de notre fonds commun et nous traverse, se sert de nous pour se révéler et prendre forme. En créant, nous sommes habités par ce qui dépasse nos propres limites. Lorsque nous sommes à son écoute, elle nous initie à nous-mêmes. Certes, l’échange avec les autres, le voyage, les synergies peuvent aider, stimuler la création, mais la matière créée ne vient pas de là, elle n’est pas en nous ni hors de nous, elle

L’art ne devrait-il pas être pluraliste, imperméable à la mode, aux modes ?

Absolument ! L’art transcende le temps et l’espace, il est libre de tout « anecdotisme ». Il fait fi des modes. Il est le lien entre le passé, le futur, l’infini, et est ainsi à la source d’un potentiel insondable. C’est ce qui fait la différence entre le simple trait tracé par un Hokusai, un Rembrandt (et par tout artiste qui répond à une nécessité intérieure, qui se nourrit de la mémoire universelle et fait expérience de plénitude) et un trait superficiel, anecdotique, inconsistant, dénué de force vitale malgré un éventuel effet flatteur en apparence. Le premier ne cessera jamais de nous fasciner, de nous attirer comme un aimant, de nous faire revivre l’acte créateur de l’artiste par procuration, mais aussi de nous y projeter en tant qu’acteurs face à nous-mêmes comme en un miroir, le nôtre où tout est en tout, tandis que le second nous met face à un mur, à une impasse où l’on se terre, appauvris et amers. Alors, entre Hokusai et nous, ce simple trait est « trait d’union »; il y a transmission d’expérience d’instant plénier à instant plénier, et c’est cela la magie de l’impondérable et de son écoute.

PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS
PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS
PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS

Où vous situez-vous dans l’art actuel ?

Ma façon à moi de m’inscrire dans l’art actuel est de suivre mon propre chemin, en toute authenticité, sans vouloir être de mon temps de façon artificielle, volontariste. C’est avant tout être « à l’écoute » du mystère universel qui me parle par l’inspiration qui m’est propre, c’est-à-dire, celle qui m’habite même si elle m’est inconnue. C’est l’acte de création lui-même qui constitue l’écoute, qui me donne à voir et me dit le chemin à suivre. C’est l’œuvre elle-même en train de se faire qui est la créatrice, c’est le mystère lui-même qui est à la fois inspiration, révélation, moteur, acte et parole. Cela forme un tout par lequel l’artiste est « inspiré » dit-on, mais il est surtout « agi », et en cela il participe d’une création « actuelle », pour autant que « actuelle » reflète ici la quintessence de l’écoute, celle qui transcende les anecdotes et les modes et qui s’inscrit dans un flux d’impermanence mais aussi d’abondance et de plénitude.

PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS
PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS

Quand décidez-vous qu’une œuvre est terminée ? L’est-elle jamais ? Y a-t-il danger, parfois, de la détruire en voulant la parfaire ?

Je ne « décide » pas si l’œuvre est terminée ou non. Cela se fait naturellement, cela se sent. Aller au-delà mène à une redondance qui enlève à l’œuvre sa force, son souffle, sa cohérence intérieure et surtout son lien profond et essentiel avec sa source originelle. En fait, c’est de nouveau l’œuvre elle-même qui en décide. Elle n’en a pas fini pour autant son parcours souterrain, traçant sous nos pas une voie magnétique qui les guide vers d’autres sources initiatrices en un parcours sans fin vers celle qui est commune à tous.

PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS
PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS

Quand vous peignez ou écrivez, pensez-vous déjà à communiquer avec l’autre ou êtes-vous complètement à l’écoute de vous-même?

Oui, je crois que je communique, mais pas comme l’on pourrait le penser en ce sens que je suis solitaire à ce moment-là, à l’écoute et concentrée sur l’acte de création. Je n’ai pas à penser à communiquer au moment où je crée parce que je suis traversée par la communication, elle s’invite d’elle-même et je n’en suis qu’un chaînon. Elle se donne à moi et m’est reprise ensuite pour que, telle un oiseau, elle continue de voler là où elle veut et lance son chant pour qui est à son écoute. Mais même si elle n’a fait que passer, elle laisse en moi quelques-unes de ses pépites qui éclairent mon chemin et m’orientent vers un nouvel horizon plus riche à chaque fois de cette expérience essentielle.

  

L’art vous permet-il de traverser ou de surmonter le chaos de la vie ?

Absolument ! Je ne dirais pas « le surmonter » mais « l’ordonner ». En effet, en me mettant en condition d’écoute et de création, je plonge à même ce chaos qui s’exprime alors à travers moi en se servant de mon outil, de ce que je suis, de ma spécificité. Il en ressort une ébauche d’œuvre ou de poème, ou de toute autre création, et je l’ai alors devant moi, je la « vois » et je m’en différencie grâce à ce recul. Je peux donc entrer en dialogue avec elle, avec cette interlocutrice si je puis dire, et s’établit alors entre elle et moi une interaction qui, par tâtonnements et recherches, nous mène elle et moi à une cohérence. Le chaos devient lisible, vivable, transcendé et transcendant. Maîtrisé, « ordonné » il se donne en grâce, en lumière, en quintessence. Mais en cette interaction, je suis moi aussi « ordonnée » car ce chaos c’est surtout en moi qu’il se trouve ; il est mon reflet, celui de mon univers, de la société, du monde dans lequel je vis. En collaborant à cette mise en ordre, c’est moi-même que je transforme et qui entre en cohérence avec moi-même et avec le monde qui m’entoure, avec la vie, avec ma vie. L’art est une fleur capable de fleurir en plein paysage dévasté, désertique,  car ses racines vont puiser dans ses couches les plus profondes cette force, cette beauté qu’elle exalte par sa forme maîtrisée et parfaite.

PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS
PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS
PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS

Vous sentez-vous neuve face à l’acte de créer, ou riche de l’acquis de vos prédécesseurs ?

 

Je me sens neuve quand je crée mais pas de ma propre richesse, pas de ma personnalité propre. Je me sens neuve de ce que je reçois, de ce que «  recevoir » me fait vivre dans l’instant, car c’est le vécu de l’instant qui compte essentiellement, c’est lui qui m’abreuve à même la source de la mémoire commune si je suis disponible et vide de moi-même. C’est là que se trouvent le patrimoine de l’humanité, les trésors accumulés par tous ceux qui nous ont précédés et qui nous viennent par l’inspiration, par le cheminement de l’inconscient. Le vécu de l’acte de création, cette expérience, m’ouvre à moi-même, là où je quitte mon être anecdotique pour toucher de près mon essence, elle-même issue de ce patrimoine. L’acquis de mes prédécesseurs fait partie de cette matière de mémoire, sous forme digérée, transformée en terreau dans lequel germe la plante qui deviendra fleur sous mes doigts ou sous ma plume, mais je ne pourrai dire si tel ou tel prédécesseur est celui qui m’a inspirée car c’est toute cette terre ancestrale qui est concernée. C’est donc en elle que je me sens neuve, car intuitivement, et paradoxalement, je la « reconnais », je m’y reconnais, je m’y ressource.

 

Pour Pirandello, l’art venge la vie. D’accord avec lui ?

Mais de quoi veut-il la venger ? La vengeance est un sentiment qui appartient à l’humain, à la condition humaine. Or la vie est au-delà de l’humain, elle le transcende, et elle n’a pas besoin d’être vengée parce qu’elle est ce qu’elle est. Pirandello voudrait-il dire que l’art immobilise et éternise en l’inscrivant dans une forme, cette vie qui ne cesse de se dérouler, d’être une enfilade infinie de moments qui se succèdent les uns aux autres ? Dans ce cas, l’art serait-il une manière de venger la vie de la fuite du temps, de la mort, de se prolonger dans une œuvre, une abstraction, une expression analogique de cette vie, et de ce fait d’en sauver l’essence, de la révéler ainsi que le meilleur de l’être humain via la part qui concerne l’âme de celui-ci ? Je ne suis pas sûre de bien cerner sa pensée profonde lorsqu’il parle de cette façon.

 

SOURCES D’INSPIRATION

 

Y a-t-il des sources d’inspiration différentes selon les techniques utilisées ?

La technique a un rôle à jouer dans l’expression de l’inspiration, mais elle ne peut en transformer le fond, le détourner. Elle joue sur le mode d’expression, sur la forme à donner à l’inspiration, et l’on peut aller vers telle ou telle technique pour traduire cette inspiration le plus fidèlement possible, mais c’est cette dernière qui dirige tout. L’intuition joue un grand rôle en cela car il y a au moins deux façons de procéder : l’une est de partir de la technique et de voir comment l’inspiration y prendra forme, et l’autre est de se laisser guider par l’inspiration et, en suivant notre intuition, d’aller vers telle ou telle technique. Cette deuxième façon de faire me semble être la plus adéquate, mais si une technique est imposée pour une quelconque raison, il peut être aussi intéressant de voir comment exprimer et concrétiser l’inspiration à travers cette dernière, même si elle semble être moins adaptée dans l’immédiat. L’œuvre y trouvera toujours son chemin et bénéficiera de cette contrainte positive. Il y aura expérience de dépassement pour l’acte créateur et découverte d’une forme inattendue d’incarnation de cette inspiration qui en sera enrichie en son expression. Donc l’inspiration est fidèle à elle-même et nous révèle son mystère, peu importe la technique utilisée, dans la mesure où la technique se donne pleinement à elle avec tous ses moyens, fussent-ils insoupçonnés et même surtout s’ils le sont.

Quand jaillit l’inspiration, comment choisissez-vous votre mode d’expression ?

Très intuitivement ! Cela se décide presque pour moi. Il n’y a pas de règle. Je dirais que si l’inspiration est paisible, calme, je choisirai selon mon instinct et s’il y a contrainte, selon ce qui se présentera à moi comme moyen d’expression, mais avec écoute paisible. Par contre, si je vis quelque chose qui a un impact viscéral sur moi, j’aurai tendance à m’exprimer via une technique plus expressive et gestuelle, une technique qui me permette la spontanéité, l’immédiateté, voire l’expression brute, expressionniste, bref un moyen d’expression qui m’offre la possibilité de traduire la fulgurance, voire la cruauté ou la violence du vécu. En fait, tout moyen d’expression convient à représenter l’inspiration. Ce qui compte, c’est la façon dont il est utilisé pour atteindre ce but.

 

Qu’est-ce au juste que l’imagination ? Existe-t-il de mystérieux facteurs précurseurs, prometteurs, propices à la création ?

Je ne sais pas ce qu’est exactement l’imagination, mais pour moi, elle est une présence amie, une fée gardienne qui est à mes côtés depuis toujours, qui m’aide, m’inspire et parfois me joue de vilains tours en me procurant de grandes frayeurs, mais qui me donne toujours les moyens de les transcender pour en faire un usage positif. Tout le monde est, je crois, doté d’une telle fée, mais il faut parfois un élément déclencheur, une source extérieure, un vécu, un ressenti, une vision, le titillement de l’un de nos sens, pour qu’elle surgisse sans crier gare. Elle nous permet de sortir de notre propre gangue, de nous projeter dans l’espace, dans des situations improbables mais qui peuvent éventuellement donner lieu à des rebondissements qui se concrétisent dans la réalité et dans la réalisation d’une œuvre ou d’une invention nouvelle.  L’imagination est, je pense, une autre couche de nous-mêmes qui nous extrait de notre réalité présente et nous entraîne dans son domaine où tout est possible, où tout peut se concilier et même investir d’autres couches de nous-mêmes. Elle est notre caverne d’Ali Baba, notre tapis volant, notre monture ailée qui nous fait vivre dans d’autres peaux, d’autres états animés ou inanimés, mais qui prennent vie pour des aventures imprévues.  Pour ma part, l’aspect affectif joue un grand rôle dans l’émergence de l’imagination. Pensées amicales, tendresse, me transportent automatiquement dans ces couches de moi-même où l’aventure commence et là, c’est mon Walibi à moi où j’espère vous rencontrer !

D’où vient votre attrait pour l’art fantastique ?

Je pense que c’est une catharsis. Cela vient je crois de ma nature anxieuse et émotive qui, sur base de certains vécus est court-circuitée par l’imagination. Une étincelle vient alors m’ouvrir à une aventure fantastique qui va désamorcer l’angoisse d’une grande frayeur, par exemple, en la transcendant via une histoire ou une œuvre à écrire, à peindre ou à dessiner, et où elle trouve une issue soit heureuse, favorable, soit non terminée, c’est-à-dire ayant une fin ouverte et donc non résolue, susceptible de donner lieu le cas échéant à une autre histoire ou aventure possible. Je suis fascinée par l’étrange, par les mondes sous-jacents, parallèles, qui nous côtoient, qui se superposent parfois en nous, par les autres couches de notre réalité qui sont là, présences silencieuses, prêtes à faire incursion dans notre réalité quotidienne lorsque la paroi entre ces mondes, entre ces couches s’avère trop ténue. Je pense que nous portons en nous ces mondes et qu’ils nous habitent, nous façonnent, nous guident, orientent nos pensées via l’action de notre imagination qui leur offre les supports nécessaires pour se concrétiser dans des écrits ou dans des œuvres plastiques où l’inconscient n’est pas en reste pour y injecter ses couleurs, ses présences inattendues, insolites et ses mystères.

Percevez-vous dans votre travail une certaine parenté avec l’œuvre de Chagall ?

J’aime Chagall, certes, mais qui n’aime pas Chagall ? En tous cas, je n’ai jamais pensé ni voulu  «faire du Chagall». Peut-être ai-je avec lui une affinité avec certains ressentis quant à la façon de leur donner forme concrète (sensations de vol en cas de bonheur ou pour l’aspect éphémère des choses etc.) ? Sans doute ces images répondent-elles symboliquement à des mêmes ressentis dans l’inconscient collectif ? Les mettrait-il à disposition des créateurs au risque qu’ils empruntent les mêmes images sous l’influence d’une même sensation, d’un même sentiment ? Je ne sais.

 

TECHNIQUES

Pourquoi utiliser autant de techniques différentes ?

Je pense que l’on n’a jamais fini de développer son outil et d’acquérir ainsi toujours plus de liberté d’expression à laquelle les techniques contribuent. Celles-ci nous permettent d’aller plus loin, de faire des découvertes, de voir les diverses facettes de l’expression possible d’un même thème, même simple, comme l’expression analogique de ces thèmes, et de découvrir les trésors des mystères qu’elles mettent au jour pour nous. Elles sont un appel à l’exploration  mais aussi un moyen de s’approcher le plus possible de l’expression et de sa quintessence. Mais l’on n’arrive jamais à cette pureté totale, on ne fait que s’en approcher. Les techniques y contribuent grâce à leurs spécificités qui sont pour nous autant d’approches tâtonnantes vers notre petit Graal à nous.

Delacroix considérait que l’exécution, dans la peinture, doit toujours tenir de l’improvisation. Est-ce ainsi que vous procédez ?

Je suis d’accord avec Delacroix si l’improvisation se base non sur le hasard mais sur l’intuition et l’écoute, ce qui ne veut pas dire qu’il doive y avoir élimination de toute contrainte, apte d’ailleurs à étayer l’improvisation. Donc, improvisation oui, mais canalisée, guidée, pour permettre à la création de l’œuvre d’atteindre son expression profonde et de mettre en lumière son mystère et ce qu’il a à nous révéler sur lui-même et sur nous-mêmes. Donc l’improvisation est de l’ordre de la réalisation, de la technique, mais elle est dépendante de l’inspiration qui en est la source.

PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS
PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS
PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS

DE L’ATELIER À L’EXPOSITION

Votre atelier est-il refuge, lieu de travail, ou cabinet de réflexion ?

Mon atelier est tout cela. Il est surtout le lieu où je me sens bien, où je me sens chez moi. C’est une matrice, un lieu de gestation où je peux donner forme à une œuvre tout en renaissant chaque fois à moi-même, mais c’est surtout l’œuvre qui a la force et qui dirige l’énergie là où elle le veut et qui se révèle à moi. L’atelier est un écrin.

Exposer équivaut-il à partager, échanger, dialoguer, ou découvrir qui vous êtes à travers le regard de l’autre ? Des autres ?

C’est tout cela, mais c’est l’œuvre qui est le catalyseur permettant la rencontre, l‘échange avec les autres, avec l’autre et vice versa. On découvre l’œuvre en premier et les autres à travers elle. Peu importent les différences éventuelles de réactions et d’opinions face à l’œuvre. Ce qui importe, c’est que cela crée la rencontre, l’échange face à l’œuvre, à ses énigmes, ses mystères, et qu’émerge à travers elle le dialogue avec les autres, avec soi-même en notre chemin de vie.

L’œuvre d’art peut-elle ou devrait-elle se transformer en manifeste ? Y avez-vous déjà songé ?

Pour moi, elle ne doit pas être un manifeste, mais elle « se manifeste » ou elle « manifeste quelque chose ». Elle ne doit pas être « imposition » de quelque chose, mais elle-même « s’impose » par sa présence. Elle a par contre une véritable présence qui « en impose » si elle puise sa force expressive aux sources de la vie, au fonds commun de l’humanité, et si elle exprime les forces et les remous de l’air du temps tout en les assimilant aux flux du temps, celui qui brasse la mémoire de la plus ancienne des origines. En cela elle peut « se manifester », « s’imposer », « en imposer », aussi bien par le non-dit, le non-formulé, le silence éloquent que par des formes et des paroles. Elle « s’impose » par sa présence si elle a un rayonnement, fût-il visible ou non, pourvu qu’il soit réel, c’est-à-dire animé  de la force de ce qui est authentique et universel.

Un tableau, un dessin, une gravure s’adresse-t-il à l’œil, à l’esprit, à l’imagination ?

Je crois qu’une œuvre ne parle pas de cette manière. Je crois qu’elle s’adresse d’emblée à toute la personne, au premier regard. C’est mystérieux. Je pense que la personne elle-même ne sait pas ce qui se passe ni pourquoi telle œuvre l’attire plus qu’une autre. Elle pourra analyser cela dans un deuxième temps, mais d’emblée, c’est une attirance globale, inexplicable, en prise directe d’âme à âme si l’on peut dire. De plus, et en filigrane, il y aura aussi quelque chose de l’âme de l’artiste, mais je crois que dans un premier temps, c’est le mystère du tableau qui attire, comme un aimant, la personne qui le regarde. Si l’énergie d’un tableau est très forte et authentique, il peut y avoir une communion telle que le spectateur vive ce qu’a vécu l’artiste, à savoir : une sensation de suspension du temps, un moment d’état d’être, et il n’en sort pas indemne. Il y a alors « peut-être » métamorphose en lui-même et il se retrouve avec une nouvelle peau à l’âme.

PORTRAIT D’ARTISTE : notre ursidée ANNE-MARIE WEYERS

Si vous ne deviez léguer qu’une seule œuvre à l’humanité que représenterait-elle ?

La bonté ! Sous toutes ses formes, ou sous une seule, mais éloquente en sa discrétion, en sa force tranquille. Notion abstraite quant au mot mais non quant à son rayonnement. Elle est difficile à exprimer car elle est faite pour être discrète, effacée et rayonnante, mais peut-être la représenterais-je sous l’aspect d’une fleur de haute montagne, tremblante sous le vent, à peine perceptible, mais dont le simple fait d’exister, même pour n’être jamais aperçue, est déjà une manifestation extrême de bonté, de « la bonté », de toute la bonté du monde, de ce potentiel extraordinaire si peu connu, si peu cueilli, trésor manqué pour nos regards, mais qui se sème à notre insu tout autour de la planète. La bonté est là, il faut la cueillir, la pêcher, l’attraper comme un papillon, la goûter, la serrer dans les bras, la faire nôtre.

 

(publié dans le numéro de septembre de la revue “ Reflets de Wallonie-Bruxelles “ de l’AREAW )

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 14:31

[Notre ursidé Valère Straselki a récemment publié "L'Adieu aux rois" aux éditions du Cherche Midi. Vincent Ferrier, qui co-dirige le dossier "L'Ours en Midi-Pyrénées" dans notre revue Chemins de Traverse et qui a établi avec sa femme Monette l'excellent témoignage "Lettres de captivité" (L'Ours Blanc), nous livre ici un article sur le livre de Valère.]


De multiples articles ont salué la parution du dernier ouvrage de Valère Staraselski « L’adieu aux rois ». Ils sont tous, avec juste raison, élogieux et invitent vivement à la lecture de ce livre. Citons notamment ceux de F. Eychart  (  L’Humanité du 5/09/13),  de C. Chouard ( «  Le Berry républicain » du 24/08/13). Je ne veux pas ici paraphraser les appréciations très positives des auteurs, mais exprimer quelques réflexions de lecture complémentaires.

Je souhaite  revenir sur l’article de Rémi Boyer, paru une première fois le 22/08/2013 sur Le Site Inchoerism et repris d’une manière plus concise le 10/09 dans L’Humanité. L’ensemble de cet article est élogieux, certes, et j’en partage les grandes idées. Toutefois, j’exprime quelques réserves sur un ou deux aspects de cet article.


Tout d’abord son titre «  La Révolution reste encore à découvrir ». Il me semble ambigu et « modérantiste » si j’ose reprendre une expression de Robespierre citée dans le livre de V. Staraselski. Qu’est-ce à dire que « la Révolution reste encore à découvrir » ? Que l’odyssée entreprise par les révolutionnaires de 1789-1794 ne fut pas vraiment une révolution ? Même si elle se heurta finalement aux visées de la nouvelle bourgeoisie au pouvoir et qu’elle en périt…Ou alors l’auteur veut-il signifier que les chemins que devront parcourir les révolutionnaires de notre temps seront nécessairement différents et qu’il n’est pas de modèle ? C’est une évidence : mais, choisissant ce titre, il lui revenait de lever son ambiguïté dans l’article, ce qu’il ne fait  pas.


Deuxièmement, R. Boyer évoque les deux grands axes de « L’adieu aux rois » : d’une part la description  étonnamment précise et circonstanciée de la destruction systématique des tombes des rois, reines et autres figures de l’aristocratie française, depuis Dagobert jusqu’à Louis XV, d’autre part la figure de Robespierre aux prises avec les contradictions majeures du moment. Il précise en même temps  que «  davantage que Robespierre, c’est la démocratie et les principes et valeurs de la République que V.S. veut  défendre ». Quant à moi, même si, en temps et en pagination le premier axe apparait l’essentiel du roman, j’estime que le pivot signifiant du récit de V. Staraselski est  Robespierre (comme d’ailleurs le couple Voltaire-Diderot m’était apparu comme celui d’« Une histoire française »). Ce n’est évidemment pas un hasard si la dernière page du livre est la relation de la mort du dirigeant révolutionnaire. D’ailleurs le lecteur attentif aura compris qu’à travers les citations littérales de Robespierre, c’est Valère Staraselski qui parle (c’est lui évidemment qui a choisi ces citations…). Ce n’est pas une surprise quand on connait les engagements syndicaux et politiques de l’auteur.


Troisièmement, précisément en restreignant aux valeurs de la République et de la démocratie l’engagement de l’auteur, R .Boyer occulte complètement, dans les deux versions de son article, la dimension majeure du récit : le concept de nation et donc de patriotisme. Ce concept est le fil rouge (oserons nous dire…) de « L’adieu aux rois ». De  multiples passages l’évoquent. Pas seulement par le contenu essentiel que pris très vite la révolution, mais aussi, et c’est une des richesses du roman, par le processus historique séculaire qui forgea la nation française sous ses royautés successives. F. Eychart l’avait fort justement évoqué dans l’article cité plus haut. Ceci donne une dimension évidemment très importante et militante au livre de V.S. à l’heure où la mondialisation capitaliste s’en prend à l’existence des nations, à leur indépendance économique, politique et culturelle, à l’heure du traité de Lisbonne notamment, à l’heure par exemple où la bourgeoisie française vise à liquider nombre d’acquis en particulier de la Révolution de 1789 ( soumission de l’Etat à la Commission de Bruxelles, menaces sur la départementalisation, etc.). Cette notion de nation est d’ailleurs une constante dans l’œuvre de V. Staraselski : elle était déjà  le fil conducteur d’ « Une histoire française ». Rappelons, en passant, ce qu’écrivit un jour Aragon, en substance : il n’y a de réalisme que national…

En un mot, lire « L’adieu aux rois », c’est rajeunir.


Vincent Ferrier             

11 septembre 2013

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21 octobre 2007 7 21 /10 /octobre /2007 10:50

A voir et entendre, un

entretien avec l'ursidé Valère Staraselski

à propos de son roman "Une histoire française", à découvrir sur

 http://www.e-torpedo.net/article.php3?id_article=2263&titre=Valere-Staraselski-interviewe-par

 

 
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16 novembre 2006 4 16 /11 /novembre /2006 09:26
Khalil Gibran
Un petit recueil de sept nouvelles, agréable à lire, avec un mélange de poésie, d’ironie ou de sombre constat, mais avec aussi une philosophie sympathique mais qui manque de profondeur, restant toujours à la surface des choses pour mieux délivrer des messages emplis de vœux pieux et de bonnes intentions…
A lire pour passer le temps.
« Les Cendres du passé et le Feu éternel », Mille et Une Nuits, 2005.

Bernard Girard
Les émeutes qui ont secoué les banlieues françaises ont suscité bien des réactions, la plupart cherchant à trouver des « responsables », voire des coupables. Bernard Girard, spécialiste des questions d’immigration et de discrimination, tente dans cet ouvrage d’analyser les événements en profondeur et de proposer des réponses. Un ouvrage qui pose les questions de façon sérieuse.
A lire.
« Banlieues : insurrection ou ras le bol ? », Les Points sur les i, 2006.

Mark
Kharitonov
Trois nouvelles d’un écrivain russe, méconnu en France mais reconnu en Russie, nous entraînent dans trois univers différents, tous aussi étonnants les uns que les autres. L’excellente traduction permet d’apprécier pleinement le talent de l’auteur, qui manie avec maestria l’humour, la dérision, et la profondeur des sentiments, tout en nous ouvrant, finalement, une fenêtre sur la société russe d’aujourd’hui.
A lire.
« L’esprit de Pouchkine », Fayard, 2003.

Max
Pons
Quand la pierre joue avec les éléments, avec la pluie, le soleil, le vent, quand le minéral se mêle au végétal, le verbe haut de notre ami Max Pons s’adoucit, devient humble jusqu’à la tendresse, et le poète fait danser l’être avec le temps, dans un balancement constant entre la permanence et la fugacité.
A lire absolument !
« Calcaire », Rougerie, 1981.

Giorgio & Nicola
Pressburger
Dix nouvelles sur le quartier juif de Budapest, emplies de nostalgie, de souvenirs de la guerre, d’amours… Mais il y manque ce « petit rien » qui permet de passer du particulier à l’universel, de la narration à la littérature, et ces dix nouvelles ressemblent par trop à tous les autres récits du même genre. On peut toutefois les lire comme témoignage.
A lire éventuellement.
« Histoires du Huitième District », Verdier, 1986.

Magali Turquin
Magali Turquin nous conte les aventures de Wangmo, une jeune nonne tibétaine qui cherche à fuir les exactions de l’armée d’occupation chinoise. Dans ses pérégrinations en Inde, elle rencontrera notamment quatre jeunes étudiantes françaises, ce qui donne à l’auteur l’occasion de se livrer à un exercice sur le choc de deux cultures différentes. De dénoncer aussi la censure exercée en France sur l’information concernant  l’occupation du Tibet par la Chine.
A la fois quête spirituelle et quête de l’identité, le chemin de Wamgmo est bien long et semé d’embûches. Magali Turquin nous montre tout son talent grâce à un style parfaitement maîtrisé, et on se laissera volontiers captiver par ce récit, théoriquement destiné à la jeunesse mais sans aucun doute profitable à tous.
Curieusement, la réserve que l’on pourrait faire à propos de ce beau roman porte sur la vision assez simpliste de l’auteur quant aux universités françaises, vision se traduisant par des « ficelles » un peu grosses et une interprétation sommaire des politiques universitaires, même si l’auteur n’a pas tort sur le fond…
Mais on passera volontiers sur ces petits écueils, tant le roman de Magali Turquin est entraînant et captivant. De plus, il faut saluer un ouvrage qui porte sur un sujet largement occulté en Occident, et particulièrement en littérature, à savoir le sort particulièrement terrible réservé aux Tibétains par les Chinois.
A lire !
« Le Chemin de Wangmo », Michalon Jeunesse, coll. Les Petits Rebelles, déc. 2005, 155 pages, 10 euros.
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14 novembre 2006 2 14 /11 /novembre /2006 11:06

Jacques Canut
Trois ouvrages de Jacques Canut. Une plaquette, « Eros crépusculaire », qui se situe dans la lignée de l’un des thèmes de prédilection de l’auteur, et que l’on pourrait définir par « la comédie des sentiments », avec tout ce que cela comporte d’ironie, de faux-fuyants, mais aussi de profondeur et de désespoir.
« Ailes » est lui aussi un retour, mais un retour tout empli de nostalgie, à travers ces instants fugaces du quotidien, lorsqu’au détour d’un regard l’être tout entier se suspend dans cet état d’équilibre où l’image, le temps et le cœur trouvent enfin leur accord.
« Enigmas / Enigmes », recueil bilingue franco-espagnol, se situe dans la tradition des « pensées », petits textes courts dans lesquels le poète se découvre dans un balancement entre son regard sur le monde et son regard sur lui-même.
Signalons les illustrations de Claudine Goux, pour « Eros crépusculaire » et « Ailes », illustrations poétiques souvent empreintes d’humour.
Tout cela avec le talent de Jacques, souvent relevé dans nos Chemins.
A lire.
« Eros crépusculaire », illustrations de Claudine Goux, Carnets Dix-Quinze, 2005, 32 pages. « Ailes », illustrations de Claudine Goux, 2006, 24 pages. « Enigmas / Enigmes », Ediciones Calamo, Palencia, 2005, 40 pages.

Fatima Chbibane-Bennaçar
L’ouvrage s’ouvre sur une ode à la ville où vit Fatima, Vanves, avant de s’ordonner autour des thèmes qui lui sont chers : l’amitié, la musique, l’amour, l’espoir, la paix, la liberté, les mots… et aussi deux textes pour s’élever contre l’intolérance et l’injustice.  La poésie de Fatima Chbibane laisse libre cours à sa générosité, et surtout à ces valeurs qui sous-tendent tout le recueil, l’amour et le partage. De plus, le recueil est illustré de très belles calligraphies arabes.
A lire.
« Mosaïques », Editions du Bout de la rue, 2006.

Collectif
Consacré à la francophonie, ce recueil de poésie aurait pu être l’occasion de nous faire découvrir de nouveaux poètes. Ceux qui y figurent ne manquent pas d’intérêt, bien sûr, et la plupart des textes sont de qualité, mais malgré un titre aguichant ce recueil est l’exemple même de l’institutionnalisation de la poésie française par les grandes marques commerciales. C’est-à-dire qu’on y retrouve surtout ceux qui sont publiés depuis des décennies par Gallimard and Co. Si les grands éditeurs en restent à l’idée que « la poésie, ça ne se vend pas », c’est qu’ils méconnaissent allègrement la petite édition, où la poésie, ça se vend (L’Ours Blanc peut en témoigner !). Quand les grands éditeurs comprendront-ils que le commercial doit être au service des œuvres, et non l’inverse ? Bref, ce recueil signe une fois de plus un rendez-vous manqué : c’était l’occasion rêvée de nous faire découvrir de nouveaux poètes.
A éviter. 
A toi je parle – Un tour du monde avec les poètes francophones, Gallimard, 2005.

Fontenelle

Né en 1657, mort en 1757, Bernard Le Bouyer de Fontenelle fut assurément, outre un esprit curieux de tout, un curieux esprit. Couvert d’honneurs, coqueluche des salons, Fontenelle laissa pourtant peu d’écrits sous son nom, préférant pour la publication l’usage de pseudonymes. Aussi un grand nombre d’ouvrages lui ont-ils été attribués par déduction ou supposition. Sa mort même ajouta à sa renommée, puisque son âge canonique (cent ans) était exceptionnel pour l’époque. Mais il garda l’esprit clair jusqu’au bout, et Cocteau se servit des dernières paroles de Fontenelle pour le titre de l’un de ses essais les plus célèbres : à l’instant de sa mort, Fontenelle déclara : « Je sens comme une difficulté d’être ».
Cet ouvrage regroupe quelques textes et quelques lettres qui portent sur l’art de la poésie, sur la querelle (déjà) des Anciens et des Modernes, voire sur les principes qui, selon ce vieux monarchiste, devraient régir une République.
Mais l’intérêt des Rêveries diverses, pour le lecteur actuel, ne réside pas tant dans les thèmes abordés que dans la façon de les penser. On sera en effet surpris de voir mis en œuvre tout à la fois des modes de pensée venus tout droit de l’Antiquité, en même temps que les influences de la Renaissance et des approches étonnamment modernes qui préfigurent les Lumières. Fontenelle est à un carrefour de l’histoire des idées, héritier des siècles et tendu vers une nouvelle façon de concevoir le monde. C’est sous cet angle que l’on trouvera le plus grand profit à la lecture de ce « bel esprit », qui eut une grande influence sur son époque et suscita l’admiration, entre autres, de Rousseau ou Marivaux.
A lire.
« Rêveries diverses », Opuscules littéraires et philosophiques, Desjonquères, 1994.

Caroline Fourest

Intelligent et argumenté, ce petit livre pointe les mécanismes de l’entrisme des organisations fondamentalistes musulmanes dans les sphères institutionnelles, sociales, intellectuelles et politiques de la France et de l’Union Européenne. Comment des politiques, des militants, ou de simples citoyens, qui défendent les valeurs de la République et de la laïcité, de l’alter-mondialisme et de l’anti-racisme, etc., en arrivent-ils à défendre une idéologie religieuse raciste, sexiste, fasciste..? Caroline Fourest dénonce toutes ces dérives avec brio et, au passage, nous donne des informations qui « échappent » aux grands médias.
A lire absolument !
« La tentation obscurantiste », Grasset, 2005.

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