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Association  l'Ours Blanc

L'Ours Blanc est une association à but non lucratif de type "loi 1901", qui a pour objectif de regrouper 
des créateurs, artistes ou intellectuels d'expressions diverses, afin de faciliter la réalisation d'œuvres communes ou individuelles. L'Ours Blanc, 28 rue du Moulin de la Pointe, 75013 Paris

Notes de lecture de Bernard Giusti

Publié le 14 Novembre 2006 par GK in Nos critiques littéraires & artistiques

Jacques Canut
Trois ouvrages de Jacques Canut. Une plaquette, « Eros crépusculaire », qui se situe dans la lignée de l’un des thèmes de prédilection de l’auteur, et que l’on pourrait définir par « la comédie des sentiments », avec tout ce que cela comporte d’ironie, de faux-fuyants, mais aussi de profondeur et de désespoir.
« Ailes » est lui aussi un retour, mais un retour tout empli de nostalgie, à travers ces instants fugaces du quotidien, lorsqu’au détour d’un regard l’être tout entier se suspend dans cet état d’équilibre où l’image, le temps et le cœur trouvent enfin leur accord.
« Enigmas / Enigmes », recueil bilingue franco-espagnol, se situe dans la tradition des « pensées », petits textes courts dans lesquels le poète se découvre dans un balancement entre son regard sur le monde et son regard sur lui-même.
Signalons les illustrations de Claudine Goux, pour « Eros crépusculaire » et « Ailes », illustrations poétiques souvent empreintes d’humour.
Tout cela avec le talent de Jacques, souvent relevé dans nos Chemins.
A lire.
« Eros crépusculaire », illustrations de Claudine Goux, Carnets Dix-Quinze, 2005, 32 pages. « Ailes », illustrations de Claudine Goux, 2006, 24 pages. « Enigmas / Enigmes », Ediciones Calamo, Palencia, 2005, 40 pages.

Fatima Chbibane-Bennaçar
L’ouvrage s’ouvre sur une ode à la ville où vit Fatima, Vanves, avant de s’ordonner autour des thèmes qui lui sont chers : l’amitié, la musique, l’amour, l’espoir, la paix, la liberté, les mots… et aussi deux textes pour s’élever contre l’intolérance et l’injustice.  La poésie de Fatima Chbibane laisse libre cours à sa générosité, et surtout à ces valeurs qui sous-tendent tout le recueil, l’amour et le partage. De plus, le recueil est illustré de très belles calligraphies arabes.
A lire.
« Mosaïques », Editions du Bout de la rue, 2006.

Collectif
Consacré à la francophonie, ce recueil de poésie aurait pu être l’occasion de nous faire découvrir de nouveaux poètes. Ceux qui y figurent ne manquent pas d’intérêt, bien sûr, et la plupart des textes sont de qualité, mais malgré un titre aguichant ce recueil est l’exemple même de l’institutionnalisation de la poésie française par les grandes marques commerciales. C’est-à-dire qu’on y retrouve surtout ceux qui sont publiés depuis des décennies par Gallimard and Co. Si les grands éditeurs en restent à l’idée que « la poésie, ça ne se vend pas », c’est qu’ils méconnaissent allègrement la petite édition, où la poésie, ça se vend (L’Ours Blanc peut en témoigner !). Quand les grands éditeurs comprendront-ils que le commercial doit être au service des œuvres, et non l’inverse ? Bref, ce recueil signe une fois de plus un rendez-vous manqué : c’était l’occasion rêvée de nous faire découvrir de nouveaux poètes.
A éviter. 
A toi je parle – Un tour du monde avec les poètes francophones, Gallimard, 2005.

Fontenelle

Né en 1657, mort en 1757, Bernard Le Bouyer de Fontenelle fut assurément, outre un esprit curieux de tout, un curieux esprit. Couvert d’honneurs, coqueluche des salons, Fontenelle laissa pourtant peu d’écrits sous son nom, préférant pour la publication l’usage de pseudonymes. Aussi un grand nombre d’ouvrages lui ont-ils été attribués par déduction ou supposition. Sa mort même ajouta à sa renommée, puisque son âge canonique (cent ans) était exceptionnel pour l’époque. Mais il garda l’esprit clair jusqu’au bout, et Cocteau se servit des dernières paroles de Fontenelle pour le titre de l’un de ses essais les plus célèbres : à l’instant de sa mort, Fontenelle déclara : « Je sens comme une difficulté d’être ».
Cet ouvrage regroupe quelques textes et quelques lettres qui portent sur l’art de la poésie, sur la querelle (déjà) des Anciens et des Modernes, voire sur les principes qui, selon ce vieux monarchiste, devraient régir une République.
Mais l’intérêt des Rêveries diverses, pour le lecteur actuel, ne réside pas tant dans les thèmes abordés que dans la façon de les penser. On sera en effet surpris de voir mis en œuvre tout à la fois des modes de pensée venus tout droit de l’Antiquité, en même temps que les influences de la Renaissance et des approches étonnamment modernes qui préfigurent les Lumières. Fontenelle est à un carrefour de l’histoire des idées, héritier des siècles et tendu vers une nouvelle façon de concevoir le monde. C’est sous cet angle que l’on trouvera le plus grand profit à la lecture de ce « bel esprit », qui eut une grande influence sur son époque et suscita l’admiration, entre autres, de Rousseau ou Marivaux.
A lire.
« Rêveries diverses », Opuscules littéraires et philosophiques, Desjonquères, 1994.

Caroline Fourest

Intelligent et argumenté, ce petit livre pointe les mécanismes de l’entrisme des organisations fondamentalistes musulmanes dans les sphères institutionnelles, sociales, intellectuelles et politiques de la France et de l’Union Européenne. Comment des politiques, des militants, ou de simples citoyens, qui défendent les valeurs de la République et de la laïcité, de l’alter-mondialisme et de l’anti-racisme, etc., en arrivent-ils à défendre une idéologie religieuse raciste, sexiste, fasciste..? Caroline Fourest dénonce toutes ces dérives avec brio et, au passage, nous donne des informations qui « échappent » aux grands médias.
A lire absolument !
« La tentation obscurantiste », Grasset, 2005.

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