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« Les passagers de la Cathédrale » ou la tension vers l’idéal - de notre ursidé Valère Staraselski - par Bernard Giusti

Publié le 10 Août 2025 par Ours Blanc in Nos Ursidés publient, Romans

« Les passagers de la Cathédrale » ou la tension vers l’idéal -  de notre ursidé Valère Staraselski - par Bernard Giusti

Le roman s’ouvre sur une tempête qui s’abat sur la vieille ville de Meaux. Deux quidams pris dans la tourmente vont se réfugier aux abords de la cathédrale Saint-Étienne. On comprend dès le premier chapitre que ce roman sera dominé par l’importance de la dimension symbolique du récit. Pris dans les éléments, déchaînés les deux hommes réagissent de façon très différente : l’un peste contre le vent et s’énerve, l’autre se contente calmement de protéger sa caquette. Dans cette tempête, reflet de notre époque troublée soumise à des changements profonds, deux attitudes contraires que l'on retrouve chez la plupart de nos contemporains qui, face aux évènements, oscillent entre les réactions émotionnelles et le principe de réalité.

Les deux personnages vont tenter de s’abriter dans la cathédrale, seul élément solide qui se dresse imperturbable dans la violence de la tempête. Par la suite, par l’intermédiaire de l’édifice, deux autres hommes et une femme rencontreront les premiers, et tout le roman va se construire sur les relations d’amitié nouées par ces cinq personnages qui au départ ne se connaissaient pas.

Saint-Etienne de Meaux est ancrée dans l’Histoire et a résonné notamment des sermons et des oraisons de Bossuet: histoire chrétienne donc, et histoire de la littérature classique. Mais pas seulement. Car qui a déjà lu les romans de Valère Staraselski n’ignore pas l’importance donnée par l’auteur aux processus historiques qui les portent. Ce roman-ci n’échappe pas à la règle, les références à l’Histoire y sont omniprésentes et replacent sans cesse notre époque dans le droit fil de la dialectique historique. Aussi cet ouvrage ne doit-il pas être lu comme un simple roman contemporain mas surtout comme un roman d’histoire contemporaine, instantané des débats d’idées qui traversent notre société et ses enjeux politiques et sociaux.

A l’instar des romans philosophiques (1), tout comme dans son excellent « Une histoire française », c’est au travers des échanges entre les protagonistes que l’auteur va, au fil des pages, développer une réflexion philosophique et idéologique portant sur les sujets d’actualité. Ainsi seront abordés, entre autres, des thèmes comme le changement climatique ou la difficulté de militer dans un contexte où les repères semblent se brouiller et se déliter.

Point central et pivot du roman, la cathédrale n’est pas seulement cet édifice solidement ancré dans la terre ni  non plus le témoignage de l’héritage chrétien de notre société. Car qu’est-ce qu’une cathédrale ? C’est le résultat d’une volonté, la concrétisation d’un élan collectif tendu vers un idéal commun. Et c’est bien le rôle qu’elle va jouer tout au long du récit : symboliser la tension permanente des personnages vers l’idéal que chacun porte en soi, réunir des gens qui ne se connaissaient pas, puis les amener au fil des rencontres à se dépasser « spirituellement », étant entendu qu’ici il s’agit de développement et de dépassement de la pensée : « La cathédrale représente le lieu où les gens se rencontrent pour rencontrer ce qu'il y a de meilleur en eux » (2). Dans tous les cas, qu’elle soit religieuse ou athée, il ne saurait y avoir de spiritualité sans un idéal, individuel ou collectif, qui la fonde.

De fait, les liens que partagent tous les personnages, croyants ou non, reposent fondamentalement sur un altruisme que l’on retrouve aussi bien dans l’idéal communiste que dans celui des bases primitives du christianisme. Mais aussi bien sûr dans l’idéal inscrit dans la devise de notre République, où notre société puise fondamentalement ses racines, la fraternité citoyenne.

Qu’ils soient militants associatifs, portés par un idéal politique ou simplement êtres de conscience, qu’il s’agisse d’aider l’autre, le semblable ou le prochain, tous se retrouvent dans cette phrase citée à deux reprises dans le roman : « Ne vivre que pour soi ? Quelle drôle d’idée ! »

 

Servi par un style narratif agréable et très maîtrisé reposant sur de solides connaissances historiques et philosophiques, l’auteur nous invite à réfléchir sur notre place et notre rôle dans notre société héritière des vieilles racines chrétiennes et de la Révolution française. Il nous rappelle que les valeurs que nous portons se défendent d’abord dans les rencontres que nous faisons au jour le jour (3) et que tous nous sommes aussi faits d’Histoire et de rêves.

Avec « Les passagers de la cathédrale » Valère Staraselski signe un ouvrage majeur de son œuvre romanesque. Un grand roman.

 

Bernard Giusti

                          

« Les passagers de la cathédrale » de Valère Staraselski, Le Cherche Midi, 256 pages, 19,80 €

 

(1) On pense bien sûr à « Jacques le fataliste » de Diderot.

(2)) « La maison de la culture est en train de devenir - la religion en moins - la cathédrale, c'est-à-dire le lieu où les gens se rencontrent pour rencontrer ce qu'il y a de meilleur en eux. » André Malraux, Présentation du budget de la culture à l'Assemblée nationale (27 octobre 1966)

(3) « Car c’est bien là le secret : faire comme si absolument tout dépendait de nous et de nous seuls. » (p.50)

 

article publié sur Vendémiaire et sur le blog de Bernard Giusti

 

à lire aussi :

 

Une histoire française - Valère Staraselski

 

"L’Adieu aux Rois" de Valère Staraselski

 

Aragon, la liaison délibérée, de Valère Staraselski

 

"Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon" de Valère Staraselski

 

Préface à "La Revanche de Michel-Ange" de Valère Staraselski

 

 

 

 

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