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Association  l'Ours Blanc

L'Ours Blanc est une association à but non lucratif de type "loi 1901", qui a pour objectif de regrouper 
des créateurs, artistes ou intellectuels d'expressions diverses, afin de faciliter la réalisation d'œuvres communes ou individuelles. L'Ours Blanc, 28 rue du Moulin de la Pointe, 75013 Paris

CHRONIQUE de Jean Azarel : « CAMERA GRECO » de Jacques CAUDA (Marest Editeur)

Publié le 26 Janvier 2022 par Ours Blanc in Nos Ursidés publient

CHRONIQUE de Jean Azarel : « CAMERA GRECO » de Jacques CAUDA (Marest Editeur)

CHRONIQUE : « CAMERA GRECO » de Jacques CAUDA (Marest Editeur)

 
"Je suis l’hostie et le pinceau, dit-il face caméra." Dans un essai où sacré et profane concubinent à satiété, le peintrécrivain Jacques Cauda nous prend dans sa toile en tissant une trilogie arachnéenne où s’interfèrent écriture, peinture et cinéma. Les époques se balancent avec alacrité dans une chaise à bascule, émulsionnant passé et présent pour le bonheur du lecteur qui se laisse entraîner dans des filiations qui ne sont pas contre, mais plutôt, pour paraphraser Guitry, tout contre nature. Acteurs principaux, Le Gréco et Alfred Hitchcock se font complices délicieux pour se répondre à distance.
"Fenêtre sur cour ou le désir de l’œil...Fenêtre sur cour se déroule à New York où il fait une chaleur tolédane. Jeff est confiné dans sa chambre…avec pour seule flânerie de s’imaginer voyant. Et ce, de l’endroit où l’objet lui-même l’œil, c'est-à-dire la fenêtre qui fonctionne comme tel, le regarde voir la même chose que Gréco quand il peint le visage du Christ imprimé : maintenir dans tout commerce avec l’image l’insatiabilité du désir de voir. "
Au passage, Cauda nous rappelle que Les Oiseaux ne font que se venger des sévices que leur a fait subir Norman Bates dans Psychose.
Passé l’usufruit de photos de sexes envoyés par leurs féminines propriétaires anonymes à l’auteur, nous déambulons dans Tolède et nous déportons à Paris en transports érotiques conduits par Marie et Véronique, réincarnations d'une Juliette sadienne et de la Veronica Franco peinte par Le Tintoret.
"J’avais vingt trois ans. Il faisait une chaleur d’eau. Je ruisselais, battant les pavés disjoints des rues tolédanes…Dehors, nous séchâmes comme un linge pendu au soleil. Il faisait si chaud que nous eûmes même l’impression que la pierre sous la pression de la lumière bouillonnante claquait comme un coup de fusil."
En ces temps remembrés, le 24 août corrèle l’explosion du Vésuve à ces autres formes de conflagrations que furent, le jour éponyme d’autres années, la Saint Barthélémy et le Concile de Trente.Tenant la palette Cauda fait le liant, lui qui débuta dans la réalisation avant de faire de la peinture et de l’écriture ses maîtresses régulières. Magnanime, ou christique, il laisse les mots des autres (Sade, Proust, Aragon, Céline, Descartes, Bataille…) prendre le relais des siens, rend grâce à Godard, Pascal Aubier, Chéreau ou Bunuel, met en scène Duchamp, Antoine Caron, Hockney, Goya, tout en ayant ce petit monde à l’œil, celui démultiplié de l’écrivain, du peintre, et bien entendu de la caméra ; chacun creusant en alchimiste pour l’autre le trou sans fin qui interroge l’origine philosophico-charnelle du monde en œuvre d’art. Les corps des personnages du Gréco sont nuages, formes en mouvement qui réunissent le haut au bas, la terre au ciel…
"Les corps nuages du Gréco sont de ce mixte, à l’image de l’œil immobile à grands pas. Cet œil qui pense en toute lucidité en a dérouté plus d’un. Ce qui a valu à la peinture du Gréco une mise au placard de plusieurs siècles jusqu’à ce qu’enfin Cézanne vînt ! Quant à peindre le vent, la question posée par Vinci a trouvé sa réponse dans Cézanne."
Moins trash que dans certaines de ses œuvres (Oobèse, Moby Dark) mais toujours tirant une langue somptueusement vérolée par Eros et Thanatos, Cauda reste fidèle à son sens goûtu de la jacquerie littéraire sans quoi la création ne serait que triste salade sans vinaigrette : "le cinéma rêve de monter un visage traversé par le rire d’un vagin. C’est pourquoi, j’ai voulu faire des rêves."
 
Caméra Gréco et autres textes, Marest éditeur, 104 pages, 17 €
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