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Association  l'Ours Blanc

L'Ours Blanc est une association à but non lucratif de type "loi 1901", qui a pour objectif de regrouper 
des créateurs, artistes ou intellectuels d'expressions diverses, afin de faciliter la réalisation d'œuvres communes ou individuelles. L'Ours Blanc, 28 rue du Moulin de la Pointe, 75013 Paris

"Troisième dimanche en confit né" de notre ursidé Didier Trumeau

Publié le 7 Avril 2020 par Ours Blanc in Textes libres

"Troisième dimanche en confit né" de notre ursidé Didier Trumeau

5-04-2020  troisième dimanche en confit né et je n’en vois toujours pas le bout du nez…

 

Le jardin s’éveille, les pies jacassent et peu agissent. Il y a comme un parfum d’inconnu qui se promène, une odeur d’imprévu qui engage et une puanteur dangereuse qui dégage… Ce dimanche est un jour comme tout les jours. L’éternité n’est pas loin et nous pourrions dérouler à l’infini ces heures qui se trainent. L’ennui n’est pas là bien au contraire il se fait rare. Les projets se bousculent et seul la priorité détermine la primauté et l’ordre. Ecrire à mon ami autiste Thomas pour converser de l’identité, de l’apparence, du ressenti, de l’entier et du fragment. Définir sans  cesse car la vie est mouvement et nous les neurotypiques sommes pour lui tellement semblables qu’il peine à distinguer les nuances entre untel et unetelle. Se définir d’abord pour comparer. Décrire ces détails insignifiants qui différencient. Colorier les sens, élaborer les nuances, matérialiser les émotions, concrétiser les sentiments et échelonner les sensations. Différencier l’individu de la masse et fractionner l’infini pour cibler la molécule, la poussière et maintenir debout pour que l’essence ne se volatilise pas. Thomas est bien dans le monde mais lequel. J’ai cette sensation de proximité et à la fois d’étrangeté avec lui. Pas d’émotion forte qui puisse décontenancer, désarçonner et déséquilibrer. Garder le cap pour ne pas s’égarer. Présenter pour que maintenant soit exact. Faire un pas comme un projet toujours avec l’instant. Lorsque je le lis j’ai une fulgurance sur nos échanges. Préciser car « le » n’est pas une définition et pas davantage que « ça » et à nouveau préciser ce que l’humain, l’autre, celui qui n’est pas moi et qui n’est pas lui peut être confirmé, vérifié, assuré, exact, indubitable et vrai. Là je ne fais que détailler les procédures pour approcher du possible et encore bien loin de l’irréfutable avant d’envisager la vérité. Qu’une lettre ne soit qu’un concept abstrait pour nourrir le sol qui va supporter l’ensemencement du mot qui n’est pas encore visualisé et théorisé est un bon début. Il faut choisir la lettre et s’assurer que toutes les contradictions ont bien été évacuées et surtout que son utilité a bien été démontrée alors il sera peut-être possible d’envisager une association si la lettre est bien compatible. Fabriquer n’est rien d’autre que mettre en présence des éléments qui devaient se rencontrer mais dont on ignore comment a été déterminé ce potentiel, ce possible et cette évidence ? La poésie n’est pas seulement un assemblage harmonieux et sensible de mots et de phrases c’est aussi la projection à l’univers d’une formule qui fonctionne - ou pas - et qui maintient l’espace d’une fraction d’éternité des individus en égalité. Nous sommes en présence d’un maëlstrom de scénari et même les pouvoirs en place ne peuvent que suivre avec l’avantage de la décision. Le jardin est en attente. Je fais le tri. Les herbes que je vais arracher pour faire de la place à ce que je vais planter. Les herbes que je vais arracher pour qu’elles n’envahissent pas ce que je veux conserver. Les herbes que je vais arracher pour que l’ordre dans le jardin soit imposé par le jardinier et non par la nature. Il ne s’agit  pas d’être bêtement autoritaire. il y a des herbes que je conserve pour leur intérêt ornemental, culinaire, aromatique, et médicinal et même curatif pour soigner des plantes de la manière la plus écologique qui soit. L’herbe n’est pas mon ennemi et je dois accepter de vivre avec elle en ne l’éradiquant pas totalement ni définitivement. L’herbe raconte des choses sur le sol, l’environnement où on la trouve et donne donc des précieuses indications quant à sa qualité et ses propriété. L’herbe est magique. Il lui arrive même de réapparaître des années et des années après son denier passage et rien ne permet de comprendre pourquoi. C’est l’herbe qui décide. C’est l’herbe qui nourrit la planète. C’est l’herbe qui nous sauvera de nous même. J’ai fait une petite place pour planter quelques plants de pomme de terre. Pas de quoi assurer la subsistance de l’hiver prochain mais de se régaler avec les premières patates nouvelles. J’ai peur de la fin du confinement car de ceux dont je n’ai pas de nouvelles, les reverrais-je ? A ceux que j’interpelle par courriel et qui ne me répondent pas, qui ne sont pas là, et qui ne peuvent pas, je pense à vous. Aujourd’hui la seule personne que j’ai rencontré c’est Martine. La seule personne avec qui j’ai parlé c’est Martine. La trotteuse de la pendule fais un boucan d’enfer. Le frigo se prend pour le Concorde. Le bulleur de l’aquarium gronde comme une cascade. La machine à laver le linge rugit comme un tracteur. Je file dehors écouter le silence. C’est la fin de la journée,  le calme, et le silence vont border mes rêves.

 

Didier Trumeau

 

[La rubrique "Textes Libres" est ouverte à toutes et à tous, sur tous les sujets, d'actualité ou non - poésie, littérature, oeuvres graphiques, etc. N'hésitez pas à y participer !

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