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Association  l'Ours Blanc

L'Ours Blanc est une association à but non lucratif de type "loi 1901", qui a pour objectif de regrouper 
des créateurs, artistes ou intellectuels d'expressions diverses, afin de faciliter la réalisation d'œuvres communes ou individuelles. L'Ours Blanc, 28 rue du Moulin de la Pointe, 75013 Paris

"La création, une ressource vitale pour l’artiste" de notre ursidée Sarah Mostrel

Publié le 3 Avril 2020 par Ours Blanc in Textes libres

Sarah Mostrel - "L'ahuri"

Sarah Mostrel - "L'ahuri"

 

 

Le confinement est une épreuve, et s’il n’est pas simple d’élaborer un art du confinement, il est du moins possible d’en tirer de l’art.

Selon les situations, les cas personnels, les lieux d’habitation, le confinement dû au coronavirus est une aubaine, une horreur, un étouffement. Vivable pour qui est équilibré, heureux, avec ou sans famille, dans un confort minimal, sans perte de son travail. Cauchemardesque pour d’autres. Outre l’impossibilité de sortir - ce qui n’est pas toujours en soi une souffrance - il y a l’épée de Damoclès au-dessus de toute tête et surtout de celles des personnes dites à risque. La crainte de la maladie, pour soi mais en particulier pour ceux qu’on aime, ce souci permanent de la santé de nos proches, souvent loin de nous et isolés, est prenante. Et vu l’information continue fortement anxiogène, comment se détacher un tant soit peu de la triste réalité ?

De cette solitude forcée, l’artiste a une ressource, celle de créer. Sans elle, que serait-il, déjà, en temps « normal » ?

En cette troisième semaine de confinement, je suis passée de la terreur à la tristesse, voyant disparaître quelques personnes dans mon entourage. Des noms s’éteignent, sans qu’il soit possible de voir, de toucher, d’accompagner les malades, de les enterrer comme il se doit. Cette violence est inouïe, épouvantable. Le scénario digne d’un film de science-fiction empêche tout contact et même de rendre hommage par sa présence aux disparus.

La moitié de la planète, soit 3 milliards d’individus sont confinés. Les rues des capitales sont vides, les animaux reprennent leur droit, la pollution diminue. Certains y voient des signes : la terre hurle, la terre se venge, la terre implore. L’argent, qui a tout envahi dans nos sociétés, est remis en cause, l’ego surdimensionné est remis en place, la négligence face au réchauffement climatique relancée : il faut revenir à l’essentiel, aux valeurs fondamentales. Le commun des mortels souffre. La nature est malmenée. Mais cet épisode va-t-il vraiment nous servir de leçon ? Car cette pandémie n’est pas forcément annonciatrice de prises de conscience, de réveil, de bonnes résolutions, de solidarité. Le genre humain n’a jamais été très recommandable. Et être enfermé n’arrange pas les choses, cela nous coupe du monde, laissant parfois place à plus d’individualisme encore : on partage moins, on parle à travers des écrans, on regarde les autres de façon méfiante quand on sort. Se tenir à distance est une plaie, comme si nous étions tous des pestiférés en puissance ! Des infirmières se voient même menacées dans leur immeuble par des voisins qui ont peur qu’elles contaminent leur entourage ! On a oublié que sans elles, on ne serait plus là ! Certains, subtilement, se mettent au jogging pour gagner une heure de sortie. Civisme, où es-tu ? D’aucuns en profitent pour cambrioler, volent des masques, crachent à la figure de ceux qui font respecter le confinement, narguent la société, mettent en danger la vie d’autrui. Sans vergogne. Les zones de non-droit, où le confinement est mal accepté, sont ingérables. Ce problème d’accès à ces lieux n’aurait-il pas dû être résolu depuis longtemps ?

 

Comment n’a-t-on un tant soit peu pas anticipé la catastrophe ? Combien de temps a-t-on mis pour réagir ? Les infrastructures sont bancales, la France ressemble à un pays du Tiers Monde qui manque de masques et de gel hydroalcoolique ! Le confinement aurait peut-être pu être évité. Des pays ont été efficaces. Testant systématiquement la population, confinant ceux qui sont positifs au Covid-19, prévenant de suite ceux qui auraient pu être en contact avec elles. Se protégeant illico. Quant aux masques, n’auraient-ils dû pas être provisionnés plus tôt ? Et les industries ne peuvent-elles pas en fabriquer plus rapidement ? L’administration sera-t-elle donc toujours aussi lente, laborieuse, même en temps de crise ? Comment la Chine a-t-elle mis 10 jours à bâtir un hôpital de campagne de mille lits alors que la France en a construit un de 30 dans le même temps ? Aussi, ne pouvait-on pas, au lieu de transférer des malades dans des hôpitaux lointains, rouvrir des lieux comme l’Hôtel-Dieu par exemple à Paris en y transférant le matériel nécessaire, plutôt que de mobiliser des hélicoptères transportant peu de malades ou un TGV avec moins d’une trentaine de patients accompagnés de centaines de membre du personnel soignant ?

 

Au-delà du coup de gueule, je veux ici exprimer tout d’abord une solidarité totale avec les hommes en blanc et ceux de l’ombre, mais aussi une impuissance. Cri que je ne peux exprimer que par mes moyens : La couleur et la non-couleur, dans la peinture, la recherche d’une joliesse, d’une grâce, dans le dessin, un certain désespoir, dans une chanson, un acte de reconnaissance, dans des poèmes, une esthétique dans quelques photos d’intérieur. Des ressources qui sont miennes, celles du poète, peintre, auteur-interprète.

Les productions sont souvent réalisées en pleine nuit, après le terrible décompte des morts du jour annoncé à 19 heures, les applaudissements au balcon en remerciements au personnel soignant de 20 heures, et une soirée où prostrée, je surfe sur les réseaux sociaux apprenant la maladie de l’un ou de l’autre, regardant d’un œil distrait des vidéos reçues, divertissantes ou alarmantes, sans compter les innombrables fake news relayées en masse sans discernement. Si, face à ce cauchemar, l’on a d’autre choix que de tenir bon et de résister aux mauvaises nouvelles, la création m’accorde les seuls moments d’apaisement. Avant le choc post-traumatique ?

 

Sarah Mostrel

 

[La rubrique "Textes Libres" est ouverte à toutes et à tous, sur tous les sujets, d'actualité ou non - poésie, littérature, oeuvres graphiques, etc. N'hésitez pas à y participer !

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